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Treize fois par jour

Treize fois par jour

Les panneaux d’affichage trois couleurs du métro de Montréal ont cette étrange particularité qu’ils vous informent sur un paquet de sujets à votre insu. Tentez d’ailleurs l’expérience — essayez de fixer un autre endroit, tel l’espace qu’occupe le plancher entre vos pieds, ou l’horrible sac à main de votre voisine de transport en commun. Votre regard reviendra comme par magie se fixer sur l’écran.

Visuellement moche, devrais-je ajouter. Depuis le temps, je ne vois pas pourquoi nous, les membres de la couche prolétaire dont la culture se résume pour la plupart à l’influence des campagnes publicitaires sur ses habitudes de consommation ou aux émissions de téléréalité, n’aurions pas droit à une mise à jour de cette technologie.

Il faudrait que j’en parle à Réjean Tremblay.

Les vidéoguemmes


Révolue, l’époque où des jeunes passaient des heures à jouer à des jeux vidéo unilingues anglais. En vertu d’une nouvelle entente, tous les jeux vidéo qui franchiront les frontières du Québec seront désormais traduits en français. [source]

Si le jeu est disponible déjà en français, pourquoi pas… mais il faut savoir que plus souvent qu’autrement, la traduction laisse à désirer. Les joueurs francophones jouent à des jeux unilingues anglophones depuis quoi, vingt ou trente ans ? Si je prône l’utilisation du français dans toutes les situations où je considère pertinent de le faire, je me demande si nous mettons vraiment les efforts au bon endroit.

On le saura, l’éditeur manque son coup si le texte présente tous les signes d’avoir été passé dans un traducteur en-ligne automatisé. Quiconque aura subi un film dont la qualité de la trame sonore initiale est excellente comprend le désarroi causé par un mauvais dubbing, quelle qu’en soit la langue. Perdue, l’intensité des propos ; perdues, les blagues dont le sens est intraduisible ; perdu, le diapason original auquel vibrait l’ensemble de l’œuvre tissée par le réalisateur.

Je ne vois là qu’une guerre de principes avec des impacts difficilement quantifiables. Dans un même ordre d’idées, l’office de la langue française « recommande fortement » aux entreprises multimédia de franciser leur logiciels de production. Dans un contexte où les travailleurs évoluent avec les mêmes outils depuis des années, voilà qui peut s’avérer désastreux. Le résultat est trop souvent un monteur vidéo ne sachant plus où sont situés ses outils et filtres habituels dans l’interface de son logiciel, ou un spécialiste de retouche d’image ayant bien du mal à s’orienter avec des menus contextuels en français (allez, pour rire : qu’est-ce que l’intersection avec un masque de fusion ? qu’est-ce que l’écrêtage d’une couche ? si je vous demande d’effectuer le rognage d’un document, vous faites quoi ?)

Courriel, c’est mignon. Téléchargement en amont, ça fait long. Téléchargement en aval, longuet aussi… et ça sonne quattecinqzéro.

Je suis le premier amant et défenseur de la langue française sous toutes ses formes, et le premier qui n’a pas de vie — j’occupe mon temps à repérer des virgules de trop et des erreurs de conjugaison dans les textes des journaux — mais je considère que les efforts et les ressources devraient être mis à des endroits où les impacts seraient sentis davantage. Comme par exemple utiliser les établissements scolaires pour réellement apprendre à lire et à écrire aux générations en cours d’incubation, plutôt que de considérer ces endroits comme des garderies où on les dépose pour la journée (et où ils ont tous la même note parce que tout le monde est fin).

En ce qui concerne les jeux, j’ose espérer que l’arrivée de la ribambelle de titres orientés casual gamers et moins « tire sur tout ce que tu vois, faut que ça explose » nous permettra de voir se lever un jour différent.

Ça tombe de partout !

Je vous en dois, oh, une vingtaine ?
Aussi bien commencer tout de suite…

Ça tombe de partout !

Viaducs et autres

Viaducs et autres
(juste un croquis - heul’ sait qu’c'est pas bin bô…)

Pour ces personnes qui s’apprêtent à signer un bail étouffant…

Nous l’avons tous vécu, directement ou non. Un propriétaire annonce un logement intéressant, vous vous présentez pour le visiter, c’est parfait par rapport à ce que vous envisagiez… sauf pour le prix, qui est exorbitant.

Exorbitant n’est pas le mot, puisque des yeux exorbités ne sont que retirés des orbites — les vôtres implosent carrément, créant ainsi un trou noir si puissant et unique en son genre qu’il ferait se lever de sa chaise n’importe quel physicien à motricité réduite (qu’il soit de renommée internationale ou non).

Je me m’indigne pas ici parceque la dérèglementation d’il y a quelques années, juxtaposée dans l’échelle du temps à une douloureuse rareté des logements (on n’évoque même pas ici l’idée du logement à son goût, juste d’en trouver un) a permis aux propriétaires de faire grimper les prix de façon substantielle ; les citoyens de Montréal n’ont pas eu le choix et ils ont composé avec ces éléments. Ce qui vient me chercher davantage, c’est la fatalité avec laquelle les locataires acceptent la situation. Il faut bien un endroit où habiter, après tout…

Oui, tout le monde sait que tenter de faire rectifier la situation en demandant une baisse de prix ne vous fera que perdre l’occasion de louer l’appartement qui vous plaît tant. Mais mille deux-cent dollars pour un 4½ souvent miteux… Spécialement si le locataire d’avant payait seulement 950 balles pour le même appartement. Ne nous le cachons pas, la pose des nouveaux luminaires et poignées de porte sera fort probablement faite par vous-même. Le proprio en question est trop occupé à émettre des avis d’augmentation (horrible) de loyer et des avis d’éviction visant à laisser une place à sa fille (ce qui peut parfois être vrai).

Quels sont les recours ? La Régie du logement prévoit un délai de dix jours après signature du bail pour contestation. Si le montant indiqué sur le bail signé est plus élevé que ce que la somme du prix du loyer payé par l’ancien locataire et de l’augmentation raisonnable permise, ou s’il n’est pas du tout indiqué (et donc preuve de mauvaise foi de la part du locateur), le nouveau locataire a soixante jours à partir du moment où il s’en aperçoit pour en faire la preuve, pour ainsi permettre à la Régie de fixer un prix révisé. C’est aussi simple que ça.

Les plus aiguisés auront compris ici que la ruse est de signer d’abord, puis ensuite de faire les démarches. Voilà qui vous procure le logement, et une baisse de prix par la suite. Vous devez par contre vous assurer que vous pourrez dénicher une copie du bail de l’ancien locataire.

Ceux qui pourraient avoir peur de contester un prix de loyer trop élevé peuvent se rappeler que les propriétaires aux dents croches ne perdent pas une occasion de faire grimper les prix. Et pour ceux qui craignent les répercussions négatives dans la relation, qui en reste une de client/fournisseur, rappelez-vous qu’il est dans l’intérêt de tous de voir à ce que les logements demeurent accessibles, et surveiller ainsi ses arrières est une bonne façon d’empêcher la situation de dégénérer. Se faire respecter, ça n’a pas de prix.

Je vous invite à consulter à ce sujet le site web de la Régie du logement du Québec. (ils ont également un numéro de téléphone, pour les gens qui utilisent encore cette technologie : 514-873-2245)