Les vidéoguemmes
Révolue, l’époque où des jeunes passaient des heures à jouer à des jeux vidéo unilingues anglais. En vertu d’une nouvelle entente, tous les jeux vidéo qui franchiront les frontières du Québec seront désormais traduits en français.
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Si le jeu est disponible déjà en français, pourquoi pas… mais il faut savoir que plus souvent qu’autrement, la traduction laisse à désirer. Les joueurs francophones jouent à des jeux unilingues anglophones depuis quoi, vingt ou trente ans ? Si je prône l’utilisation du français dans toutes les situations où je considère pertinent de le faire, je me demande si nous mettons vraiment les efforts au bon endroit.
On le saura, l’éditeur manque son coup si le texte présente tous les signes d’avoir été passé dans un traducteur en-ligne automatisé. Quiconque aura subi un film dont la qualité de la trame sonore initiale est excellente comprend le désarroi causé par un mauvais dubbing, quelle qu’en soit la langue. Perdue, l’intensité des propos ; perdues, les blagues dont le sens est intraduisible ; perdu, le diapason original auquel vibrait l’ensemble de l’œuvre tissée par le réalisateur.
Je ne vois là qu’une guerre de principes avec des impacts difficilement quantifiables. Dans un même ordre d’idées, l’office de la langue française « recommande fortement » aux entreprises multimédia de franciser leur logiciels de production. Dans un contexte où les travailleurs évoluent avec les mêmes outils depuis des années, voilà qui peut s’avérer désastreux. Le résultat est trop souvent un monteur vidéo ne sachant plus où sont situés ses outils et filtres habituels dans l’interface de son logiciel, ou un spécialiste de retouche d’image ayant bien du mal à s’orienter avec des menus contextuels en français (allez, pour rire : qu’est-ce que l’intersection avec un masque de fusion ? qu’est-ce que l’écrêtage d’une couche ? si je vous demande d’effectuer le rognage d’un document, vous faites quoi ?)
Courriel, c’est mignon. Téléchargement en amont, ça fait long. Téléchargement en aval, longuet aussi… et ça sonne quattecinqzéro.
Je suis le premier amant et défenseur de la langue française sous toutes ses formes, et le premier qui n’a pas de vie — j’occupe mon temps à repérer des virgules de trop et des erreurs de conjugaison dans les textes des journaux — mais je considère que les efforts et les ressources devraient être mis à des endroits où les impacts seraient sentis davantage. Comme par exemple utiliser les établissements scolaires pour réellement apprendre à lire et à écrire aux générations en cours d’incubation, plutôt que de considérer ces endroits comme des garderies où on les dépose pour la journée (et où ils ont tous la même note parce que tout le monde est fin).
En ce qui concerne les jeux, j’ose espérer que l’arrivée de la ribambelle de titres orientés casual gamers et moins « tire sur tout ce que tu vois, faut que ça explose » nous permettra de voir se lever un jour différent.