Pour ces personnes qui s’apprêtent à signer un bail étouffant…
Thursday, April 19th, 2007Nous l’avons tous vécu, directement ou non. Un propriétaire annonce un logement intéressant, vous vous présentez pour le visiter, c’est parfait par rapport à ce que vous envisagiez… sauf pour le prix, qui est exorbitant.
Exorbitant n’est pas le mot, puisque des yeux exorbités ne sont que retirés des orbites — les vôtres implosent carrément, créant ainsi un trou noir si puissant et unique en son genre qu’il ferait se lever de sa chaise n’importe quel physicien à motricité réduite (qu’il soit de renommée internationale ou non).
Je me m’indigne pas ici parceque la dérèglementation d’il y a quelques années, juxtaposée dans l’échelle du temps à une douloureuse rareté des logements (on n’évoque même pas ici l’idée du logement à son goût, juste d’en trouver un) a permis aux propriétaires de faire grimper les prix de façon substantielle ; les citoyens de Montréal n’ont pas eu le choix et ils ont composé avec ces éléments. Ce qui vient me chercher davantage, c’est la fatalité avec laquelle les locataires acceptent la situation. Il faut bien un endroit où habiter, après tout…
Oui, tout le monde sait que tenter de faire rectifier la situation en demandant une baisse de prix ne vous fera que perdre l’occasion de louer l’appartement qui vous plaît tant. Mais mille deux-cent dollars pour un 4½ souvent miteux… Spécialement si le locataire d’avant payait seulement 950 balles pour le même appartement. Ne nous le cachons pas, la pose des nouveaux luminaires et poignées de porte sera fort probablement faite par vous-même. Le proprio en question est trop occupé à émettre des avis d’augmentation (horrible) de loyer et des avis d’éviction visant à laisser une place à sa fille (ce qui peut parfois être vrai).
Quels sont les recours ? La Régie du logement prévoit un délai de dix jours après signature du bail pour contestation. Si le montant indiqué sur le bail signé est plus élevé que ce que la somme du prix du loyer payé par l’ancien locataire et de l’augmentation raisonnable permise, ou s’il n’est pas du tout indiqué (et donc preuve de mauvaise foi de la part du locateur), le nouveau locataire a soixante jours à partir du moment où il s’en aperçoit pour en faire la preuve, pour ainsi permettre à la Régie de fixer un prix révisé. C’est aussi simple que ça.
Les plus aiguisés auront compris ici que la ruse est de signer d’abord, puis ensuite de faire les démarches. Voilà qui vous procure le logement, et une baisse de prix par la suite. Vous devez par contre vous assurer que vous pourrez dénicher une copie du bail de l’ancien locataire.
Ceux qui pourraient avoir peur de contester un prix de loyer trop élevé peuvent se rappeler que les propriétaires aux dents croches ne perdent pas une occasion de faire grimper les prix. Et pour ceux qui craignent les répercussions négatives dans la relation, qui en reste une de client/fournisseur, rappelez-vous qu’il est dans l’intérêt de tous de voir à ce que les logements demeurent accessibles, et surveiller ainsi ses arrières est une bonne façon d’empêcher la situation de dégénérer. Se faire respecter, ça n’a pas de prix.
Je vous invite à consulter à ce sujet le site web de la Régie du logement du Québec. (ils ont également un numéro de téléphone, pour les gens qui utilisent encore cette technologie : 514-873-2245)