Informations sur les archives

Vous parcourez présentement les archives des Chroniques du vert ours pour April 2007.

Lu Tung - Le « fou du thé »

Lu Tung (790-835) est un obscur poète qui n’a pas laissé beaucoup de traces, probablement parcequ’il consacrait la majorité de son temps à « pratiquer » le thé. Sympathique gaillard… À ce sujet, voici un extrait de « Remerciements au censeur impérial Meng pour son présent de thé fraîchement cueilli. »

Le premier bol caresse mes lèvres et ma gorge
Le deuxième exile toute ma solitude
Le troisième dissipe la lourdeur de mon esprit
Affinant l’inspiration acquise par tous les livres que j’ai lus
Le quatrième chasse par mes pores la douleur des afflictions passées
Le cinquième purifie tous les éléments de mon être, ma chair et mes os
Le sixième me rend semblable aux immortels
Le septième est le dernier, il ne m’en faut boire davantage

Musique Chronique - Paul Simon

Paul Simon (Bonus Tracks)

En 2004, Warner Strategic Marketing, probablement chargée de servir du réchauffé à sa clientèle pour faire davantage d’argent sur le dos des gens qui avaient déjà acheté les huit-pistes et les trente-trois tours originaux, a fait fausse route en ne lui livrant pas uniquement que des séquences remasterisées. Les hippies qui ont survécu aux années soixante peuvent en effet se procurer aujourd’hui l’album éponyme Paul Simon, sur lequel se trouvent des enregistrements inédits (démo et prises secondaires).

Duncan est une splendide chanson triste. L’usine qui ferme en décembre, un hiver qui bat des records par l’intensité de son froid, des âmes qui s’éteignent avant leur heure… Si vous avez déjà fréquenté une communauté de travailleurs de pêche ou de foresterie, où la production fluctue constamment et où les employeurs vont et viennent en fonction de l’humeur du marché, le lyrisme de cette composition vous évoquera peut-être cette difficile réalité.

Tranche de vie : j’ai des souvenirs de mon père jouant ce morceau à la guitare pour m’endormir le soir quand j’avais autour de quatre ans. Il sifflait adroitement les passages dont il ne comprenait pas les paroles, plein de ressources qu’il est.

Les collectionneurs seront heureux d’apprendre que l’album Songbook, datant de 1965 et n’ayant pas été mis en marché en Amérique du nord à l’époque, a aussi été mis en vente au même moment. Vous trouverez sur les deux albums des versions inédites de, entre autres, I am a Rock, The Sound of Silence, et Me and Julio Down by The School Yard.

Musique Chronique - Tancrède

Tancrède

Avouez qu’il en a de la chance, d’être presque aussi beau que moi.

Dans la lignée des ex-mannequins au nom bizarre et au visage adorable ayant flirté brièvement avec la carrière d’avocat (on en connaît tellement), vous vous souviendrez de celui-ci : Auteur-compositeur-interprète de talent et pianiste de formation, le type est un hexagonais. Le rapprochement est facile à faire avec Gainsbourg, Montand et Barbara, mais je vous fais confiance pour évaluer l’originalité du choix des mots ainsi que la délicatesse des arrangements.

www.tancrede.com

LES AMOUREUX

Oh je me suis bien foutu d’eux
J’en ai bien ri des amoureux
Quand je les voyais s’embrasser
Des heures entières sans se lasser

Des heures entières la bouche pleine
À se donner bien de la peine
Pour ne pas trop être gênés
Par la rencontre de leurs nez

Je ris de les voir bouger
Quand au milieu de leurs bouchées
L’envie leur venait de mêler
Leurs regards à la démêlée

Et je riais à pleines dents
Devant les leurs se rentrer d’dans
Devant les leurs se rentrer d’dans

Ah je me suis bien foutu d’eux
J’en ai bien ri des amoureux
Quand je les entendais s’appeler
Par des grotesques sobriquets

Mon petit chat, mon chou, ma biche
Mon petit sucre doux, ma quiche
Bref des mots du vocabulaire
Animalier et culinaire

Je riais d’entendre leurs voix
Humides (?) et niaises à la fois
Une petite voix sucrée
Pour livrer des propos sacrés

Et je riais à grands fracas
En les voyant si délicats
En les voyant si délicats

Ah je me suis bien foutu d’eux
J’en ai bien ri des amoureux
Quand je les voyais se quitter
Pour une heure, une éternité

Appelle-moi, appelle vite
Oui, j’appellerai tout de suite
Et les voilà seuls et maussades
Après une ultime embrassade

Je riais de leur inquiétude
À penser que la solitude
Ouvre la porte largement
Aux tromperies et aux amants

Je ris à gorge déployée
Devant les leurs un peu serrées
Devant les leurs un peu serrées

Qu’ils veuillent bien me pardonner
Ceux dont je me suis tant moqué
J’étais qu’imbécile-heureux
J’étais pas encore amoureux

Maintenant je suis le premier
Pour les baisers longue durée
Et je ne dirai pas le surnom
Auquel aujourd’hui je répond

Qu’ils veuillent bien me pardonner
Ceux dont je me suis tant moqué
J’étais qu’imbécile-heureux
J’étais pas encore amoureux

Maintenant je suis le premier
De ceux dont on peut se moquer
De ceux dont on peut se moquer

Pour ces personnes qui s’apprêtent à signer un bail étouffant…

Nous l’avons tous vécu, directement ou non. Un propriétaire annonce un logement intéressant, vous vous présentez pour le visiter, c’est parfait par rapport à ce que vous envisagiez… sauf pour le prix, qui est exorbitant.

Exorbitant n’est pas le mot, puisque des yeux exorbités ne sont que retirés des orbites — les vôtres implosent carrément, créant ainsi un trou noir si puissant et unique en son genre qu’il ferait se lever de sa chaise n’importe quel physicien à motricité réduite (qu’il soit de renommée internationale ou non).

Je me m’indigne pas ici parceque la dérèglementation d’il y a quelques années, juxtaposée dans l’échelle du temps à une douloureuse rareté des logements (on n’évoque même pas ici l’idée du logement à son goût, juste d’en trouver un) a permis aux propriétaires de faire grimper les prix de façon substantielle ; les citoyens de Montréal n’ont pas eu le choix et ils ont composé avec ces éléments. Ce qui vient me chercher davantage, c’est la fatalité avec laquelle les locataires acceptent la situation. Il faut bien un endroit où habiter, après tout…

Oui, tout le monde sait que tenter de faire rectifier la situation en demandant une baisse de prix ne vous fera que perdre l’occasion de louer l’appartement qui vous plaît tant. Mais mille deux-cent dollars pour un 4½ souvent miteux… Spécialement si le locataire d’avant payait seulement 950 balles pour le même appartement. Ne nous le cachons pas, la pose des nouveaux luminaires et poignées de porte sera fort probablement faite par vous-même. Le proprio en question est trop occupé à émettre des avis d’augmentation (horrible) de loyer et des avis d’éviction visant à laisser une place à sa fille (ce qui peut parfois être vrai).

Quels sont les recours ? La Régie du logement prévoit un délai de dix jours après signature du bail pour contestation. Si le montant indiqué sur le bail signé est plus élevé que ce que la somme du prix du loyer payé par l’ancien locataire et de l’augmentation raisonnable permise, ou s’il n’est pas du tout indiqué (et donc preuve de mauvaise foi de la part du locateur), le nouveau locataire a soixante jours à partir du moment où il s’en aperçoit pour en faire la preuve, pour ainsi permettre à la Régie de fixer un prix révisé. C’est aussi simple que ça.

Les plus aiguisés auront compris ici que la ruse est de signer d’abord, puis ensuite de faire les démarches. Voilà qui vous procure le logement, et une baisse de prix par la suite. Vous devez par contre vous assurer que vous pourrez dénicher une copie du bail de l’ancien locataire.

Ceux qui pourraient avoir peur de contester un prix de loyer trop élevé peuvent se rappeler que les propriétaires aux dents croches ne perdent pas une occasion de faire grimper les prix. Et pour ceux qui craignent les répercussions négatives dans la relation, qui en reste une de client/fournisseur, rappelez-vous qu’il est dans l’intérêt de tous de voir à ce que les logements demeurent accessibles, et surveiller ainsi ses arrières est une bonne façon d’empêcher la situation de dégénérer. Se faire respecter, ça n’a pas de prix.

Je vous invite à consulter à ce sujet le site web de la Régie du logement du Québec. (ils ont également un numéro de téléphone, pour les gens qui utilisent encore cette technologie : 514-873-2245)